La dépression: une maladie incomprise

Avez-vous déjà connu cette phase durant votre vie, pendant laquelle vous vous sentez seul (e), incompris (e)? Cette phase pendant laquelle vous n’avez plus envie de rien, ni de sortir, encore moins de voir les gens, un peu comme si vous étiez l’ombre de vous-même? Vous avez une perte d’intérêt pour des choses qui vous faisaient pourtant sourire, autrement dit du bien? Si tel est le cas alors vous avez probablement connu ou connaissez une période de dépression. Elle peut être courte dans le meilleur des cas comme elle peut durer longtemps et gâcher votre vie. Sachez juste que vous n’êtes pas seul (e) et que vous pouvez vous en sortir.

La dépression est bien une maladie que beaucoup ignorent ou ne comprennent pas. Et sans trop chercher à vous comprendre on préfère vous pointez du doigt, en vous désignant comme seul (e) responsable de votre état, comme si vous l’aviez choisi. Il est en effet très facile de juger sans savoir, cela va beaucoup plus vite. Parler sur vous et de vous plutôt que de vous écouter et potentiellement vous aider.

N’importe qui d’entre nous peut être touché (e) et nombreuses sont les causes qui mènent à cet engrenage. Une personne qui paraît très bien dans sa vie sans soucis particuliers peut s’y retrouver du jour au lendemain, de la même manière qu’une autre qui surmonte des situations plus délicates peut tenir le coup. Les raisons peuvent être d’ordre privée ou professionnelle mais quoi qu’il en soit il est très important de se faire aider pour sortir de ce circuit infernal.

Travail et dépression :

Je prends pour exemple cette situation qui est peut-être vécue par certains (es) d’entre vous. On le sait, le lieu de travail est un endroit où ils se passent bien des choses, des bonnes comme des mauvaises. Un stress du quotidien qui peut s’avérer difficile à supporter. Il y a parfois cette pression des objectifs à atteindre, poussés à toujours plus de productivité. C’est un milieu où beaucoup se jalousent, se concurrencent et où les plus faibles se font dévorer. Il y a des gens qui subissent des harcèlements physiques et moraux, qui se taisent dans la crainte de perdre leur travail, qui souffrent en silence avec la peur au ventre. J’ai moi-même connu plusieurs phases de dépression mais je vais rester sur le côté professionnel. Il y a quelques mois, un nouveau directeur est arrivé parmi nous. Ce n’est déjà pas facile de s’adapter à chaque fois qu’un nouveau collègue arrive et c’est d’autant plus difficile quand cela concerne un supérieur hiérarchique. Vous avez peut-être connu celà, des changements, une nouvelle manière de travailler, d’autres exigences et attentes … Ce poste je l’ai assuré en intérim pendant des mois. Il devait venir renforcer l’équipe en se concentrant sur la partie où j’étais la moins compétente (commercial) car pas de formation en amont. J’étais contente en pensant pouvoir travailler en binôme. Pour faire court il arrive, il s’installe aisément, prend toutes les tâches que j’effectuais, décide de tout sans concertation, aucun esprit d’équipe. Le petit bonus, il insalle son chien au bureau (donc impossible pour moi d’y accéder car depuis un incident j’en ai très peur et il le sait). Il se cherche déjà des alliés, ce qu’il dit à l’un diffère de ce qu’il raconte à l’autre. Nous nous en rendons compte assez rapidement et commençons à nous méfier de lui. Nous comprenons ensuite qu’il nous dénigre, nous traite d’incompétents derrière notre dos mais affiche un grand sourire quand il nous parle. Déjà des petites choses qui commencent à nous démoraliser. Des faits et gestes qui ne donnent pas envie de se lever le matin malgré l’implication et l’amour du métier. Donc pendant des mois je devais tout gérer et du jour au lendemain je me retrouve sans poste fixe. Quoi de plus normal. Alors je lui en est parlé et pas qu’une fois, j’ai tout remonté à la RH jusqu’à ce que je reprenne petit à petit mon travail. J’ai perdu le peu de confiance que je lui accordait, il doit en être conscient. Et il a donné raison à ma méfiance quand il a embauché son amie qu’il a sans gêne installé sur mon bureau et lui a donné une partie de mon travail sans aucune discussion en amont, sans même faire de présentation… Au début c’était apparemment juste une copine qui l’aidait à faire le ménage, à mettre de l’ordre dans ses paperasses (du moins c’est ce qu’ils ont fait comprendre)… Et quelques jours après sans vraiment nous connaître, elle ose venir nous faire la morale, en nous disant que nous ne nous rendons pas compte de la chance que nous avons d’avoir un travail bien payé. Que nous sommes là à nous plaindre pour un oui ou pour un non. Oui c’est insupportable, mais c’est surtout culotté n’est-ce pas? Je pense qu’avoir le directeur de son côté donne des ailes, mais pour nous elle avait zéro crédibilité. C’est le genre de personne qui se croit meilleure que les autres, qui a besoin de vous sortir son CV. Elle nous parlait d’une manière tellement hautaine sous prétexte qu’elle est plus âgée et attendait de nous du respect. C’est limite si elle ne nous faisait pas comprendre que gagner de l’argent est un privilège. Mais non madame, être payé (e) pour avoir travaillé n’a rien d’extraordinaire. Et outre l’aspect pécuniaire, les conditions de travail contribuent à l’épanouissement des salariés et donc à leur productivité. Heureusement pour nous elle est partie aussi vite qu’elle est arrivée pour une raison que nous connaissons mais qui diffère complètement de celle qu’il (le directeur) nous a donné.

Vous voyez un peu ce genre de cas où du jour au lendemain votre quotidien professionnel bascule. Vous rentrez à la maison avec rien de positif, tous les jours des coups déprimants au point de vous sentir minable face à l’autre. Je peux le dire, mon salaire a évolué. Bonne nouvelle. Je devrais être tellement contente, mais non, c’était ma pire période (ça va un peu mieux depuis) sur ces trois années de travail acharné au sein de cette boîte.

Mais vous savez quoi, se laisser marcher sur les pieds parce qu’on a peur, ce n’est pas une solution. Parfois il suffit juste de parler, de dénoncer, quitte à passer pour un traître ou autre. C’est votre santé mentale qui risque d’être impactée si vous acceptez de vivre dans des conditions qui sont mauvaises. Pour ma part je n’ai pas déprimé au point de me couper du monde, mais je l’ai mal vécu et cela se ressent encore aujourd’hui. Beaucoup de personnes vivent plus grave. Se sentant rabaissées à chaque fois, elles perdent l’estime qu’elles ont d’elles-mêmes, pensent que c’est normal et n’agissent pas. Elles se retrouvent à sombrer dans un burn out, parfois commettent l’impensable et l’irréparable car fatiguées d’encaisser.

Et la famille?

Le travail procure du stress oui, mais vous avez également souvent cet entourage qui ne comprend pas votre mal être. Ce même entourage qui parfois est la cause de votre problème, qui vous pousse à bout. Mais pourquoi tu n’es toujours pas marié (e)? Pourquoi tu n’as toujours pas d’enfants ? Mais tu attends quoi? Tu vas finir seul (e). Regardes comment tes camarades ont réussi leurs vies. Tu es un (e) bon (ne) à rien. Mais est-ce qu’ils se rendent compte de l’effet qu’ont ces remarques et ces jugements sur vous? On dit parfois que les paroles font plus mal que les coups. C’est bien vrai. Une blessure physique peut te laisser une cicatrice sans la douleur alors qu’une maltraitance verbale peut te poursuivre et conditionner ta vie future. C’est psychologiquement insupportable de se sentir tant attendu (e) au tournant. Il y a cette pression qui pèse sur vos épaules et dont vous ne savez comment vous en débarrasser. Alors vous vous retirez petit à petit de la société, vous vous enfermez. Non il ne devrait pas être ainsi.

Selon le pays dans le quel vous êtes né (e) ou dans lequel vous vivez, les mentalités diffèrent et des choses qui sont graves chez l’un paraissent anodines chez l’autre. Comment oser parler dans une société où le jugement plutôt que l’entre-aide est une performance qui mériterait une médaille d’or. Je vais prendre l’exemple des Comores, mon pays natal, alors je vois déjà ces gens non ouverts d’esprit qui vont s’offusquer sans chercher à comprendre ou parce qu’on va évoquer une vérité qui dérange. Mais passons au dessus de celà. Comme dans beaucoup d’autres pays africains et d’autres d’ailleurs, le mariage est un sujet qui fait énormément parler, à tort ou à raison. Avant le côté festif de la chose les futurs mariés subissent souvent beaucoup de pression, de quoi rendre fou/folle. La famille qui veut vous imposer une personne que vous n’aimez pas voire même que vous n’avez jamais vu. Qui refuse votre union avec celui ou celle qui fait vibrer votre coeur (« roho » dans notre langue) car pas assez bien à leur goût, pas du bon caste. Qui a une idée de la vie que vous devez de mener selon leurs critères alors que ce n’est pas avec elle que vous allez la partager. Le plus choquant parfois c’est l’hypocrisie qu’elles (les familles) ont à faire croire que c’est le bonheur de leurs enfants qui compte avant tout alors qu’il s’agit souvent juste d’une question de fierté. Ceux et celles qui connaissent comprennent peut-être. Elles voient les autres faire alors elles veulent faire plus, faire mieux qu’eux au détriment de la volonté des enfants. Mais à quel moment les sentiments des concernés vont être pris en considération? Oui, il y a de quoi se retrouver en dépression quand votre parole ne compte pas, quand on décide tout à votre place, quand vous les voyez tracer votre avenir sans que vous puissiez intervenir. Quand vous devez vous réveiller tous les jours aux côté de cet autre qui n’est guère votre moitié. Quand vous devez faire semblant d’être heureux (se) dans votre ménage pour leur faire plaisir. Des sujets tabous qui font souffrir bien des gens en silence, il y en a des milliers. Mais chut, il ne faut pas trop en parler, continuons à vivre dans le déni, aux temps de nos aïeux. Attention, il n’est aucunement question de mettre tout le monde dans le même panier. Heureusement, certains esprits s’ouvrent progressivement. Ils arrivent à le reconnaître, à suivre l’évolution des choses.

Pour conclure, la dépression est bien plus qu’un simple mot c’est une réalité. La perte d’un être cher peut mener à se retrouver dans cette situation, la pression familiale aussi, les problèmes liés au travail également, un traumatisme vécu dans l’enfance…etc. Quelque soit la raison, il faut surtout en parler. Il est important d’avoir une personne avec laquelle vous puissiez vider votre sac. Cette personne qui contrairement aux autres vous comprendra, vous écoutera, vous motivera et va vous tirer vers le haut. Il faut en parler pour se sortir de cette mauvaise passe, arriver à reprendre sa vie en mains. Il n’est pas juste que ceux et celles qui parfois sont à l’origine de votre état dépressif vivent leur meilleure vie pendant que vous sombrez chaque jour un peu plus et pensez à mettre un terme à la vôtre. Il faut positiver, ne pas être fataliste. Se dire que le pire est derrière vous et que le meilleur reste avenir. Vous avez le droit d’être triste, de vous sentir vulnérable, chacun sa fragilité, celà arrive à tout le monde. Mais vous avez d’autant plus le droit de vous battre, d’être heureux (se) sans faire semblant.

Ce sujet est aujourd’hui abordé à la demande d’une amie qui a traversé cette mauvaise passe. J’ai connu cela et peut-être que vous aussi. Dieu merci elle a eu l’aide qu’il lui fallait pour retrouver sa joie de vivre, moi aussi. Alors chers lecteurs et lectrices, si vous vous retrouvez actuellement (ou à l’avenir) dans cette situation et ce peut n’importe la raison, dîtes-vous que vous pouvez vous en sortir. Celà prendra le temps qu’il faudra mais avec votre motivation et votre persévérance, vous allez y arriver. S’il faut demander plus que l’aide d’un (e) ami (e), c’est-à-dire consulter un spécialiste de la santé, se faire soigner, il ne faut pas hésiter. N’ayez aucune crainte ni aucune honte car vous êtes nullement coupable. Dîtes-vous que la vie vaut vraiment la peine d’être vécue, et que nous n’en avons qu’une…

Soyez fort et portez-vous bien. N’hésitez pas à partager vos expériences (ou cet article) qui pourront en aider d’autres.

À très bientôt.

NasYou

Catégories :Le quotidien

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